Dimanche soir par
un concours de circonstances qui prendrait un temps fou à raconter, je me suis retrouvée au théâtre et j'ai vu "Alice" par la compagnie Flash-Marionnettes. Une merveille.
 | On m'avait parlé de la qualité des marionnettes de cette troupe, celles de Michel Klein, lui-même comédien marionnettiste sur scène. On ne m'avait pas menti. Les marionnettes sont splendides et elles ont le pouvoir magique de s'animer instantanément. Un incroyable jeu de lumières, de sons et de décors et deux touchants comédiens qui assurent les voix et les rôles de la vingtaine de personnages dans un élan physique et des tours de passe-passe improbables finissent de nous emporter dans une semi-réalité. Mieux qu'à la télé, mieux qu'au cinéma. C'est dans le livre de Lewis Caroll que nous plongent réellement les metteurs en scène, Ismaïl Safwan et Michel Klein. Une adaptation française fidèle à la vie et à l'œuvre du vrai "papa" d'Alice, volontairement détachée de la version de Walt Disney (Walt Disney Pictures, 1951). Le tout est emmitouflé dans un univers à la Tim Burton ; une mise en scène (un rythme en tout cas) qui sont peut-être à retrouver dans l'adaptation cinématographique de Charlie et la Chocolaterie (Charlie and the Chocolate factory, Roal Dahl) réalisée par M. Burton en 2005. Le réalisateur américain est d'ailleurs en train d'adapter à l'écran.... "Alice au Pays des Merveilles" ! ; aura-t-il vu la pièce ? Cet Alice version marionnettes aurait sûrement de quoi l'inspirer. |
Pourtant ici, contrairement à la cinématographie, tout est vrai ; pas de trucage pourrait-on dire ! Dès le commencement on est envoûtés par la présence discrète et soignée des décors, et par un "il était une fois" d'un autre âge et d'une autre dimension. Les enfants ont remarqué sur l'avant-scène la pendule qui tantôt marque l'heure tantôt se fige tandis que nous, complètement hypnotisé, les yeux braqués sur la Reine Rouge, on n'avait même pas vu le comédien "faire son entrée".
Magie de l'éclairage, talent des deux marionnettistes, petits trucages certes, donnant une profondeur de vues et de perspectives (sur une petite scène), une rapidité et une finesse d'exécution des mouvements dans toutes les directions, et un rythme perpétuel dont on ne se lasse jamais ; des effets qui n'ont rien à envier aux algorithmes les plus récents des meilleurs studios d'animation 3D. On s'y croirait. En pleine fiction, en plein rêve, en pleine réalité... Et c'est bien le message qu'avait voulu livrer aussi l'auteur anglais. Son fantôme semble traîner rieur parmi les protagonistes. Avec des voix auxquelles on s'attache (le comédien Michel Klein en assume une dizaine, Vanessa Defasque, quatre ou cinq), on apprécie la magie de ce direct de soixante minutes qui dure des vies.
Les deux comédiens marionnettistes réalisent une vraie performance physique, de corps et de voix, d'humour et de jeux, de sonorités et de syllabes. Impressionnant Michel Klein, derrière et devant tous ses personnages. Emouvante Vanessa Defasque qui fait corps avec Alice et nous arrache avec brio larmes et éclats de rire.
Je ne vous raconterai ni les personnages ni le scenario du livre (
Through the Looking-Glass, and What Alice Found There). Nous connaissons tous Alice, celle du Pays des Merveilles, nous connaissons moins celle qui se trouve "de l'autre côté du miroir". Le chef d'œuvre de Lewis Caroll mérite d'être entendu à notre époque et dans ces conditions. Eteignez vos téléviseurs, rangez votre VHS ou votre DVD Disney et achetez le livre, nous convainc Ismaïl Safwan, qui a également composé la musique. Presque imperceptible, toujours complètement intégrée au tableau animé, elle se fait tantôt cajolante, tantôt déjantée, comme tous ces personnages, de chair et d'os, de latex ou de polystyrène... Ça on n'y croit pas trop : bien sûr que ces marionnettes sont vivantes puisqu'elles nous parlent. Il faut le voir pour le croire. Cette adaptation est un chef d'œuvre elle aussi. C'est sous nos yeux, qui pleurent, qui rient et s'émerveillent, dans nos oreilles et dans nos rêves, c'est tout simplement fabuleux. Allez-y ! Vous ne serez pas déçu.
"Alice" a été créé à Strasbourg le 10 octobre 2008. Le spectacle y sera joué jusqu'au 21 octobre et tournera ensuite dans d'autres villes de France (
calendrier ici)
http://www.flash-marionnettes.org